Le partenariat entre Dassault Aviation et Saab suscite un intérêt renouvelé dans le domaine de l’avion de combat européen. Après l’échec du programme SCAF, la question de la collaboration industrielle autour d’un système de défense aérienne commun se pose avec acuité. Entre ambitions françaises et exigences suédoises, plusieurs points méritent une attention particulière :
- La fin de la coopération franco-allemande sur le SCAF et ses conséquences stratégiques.
- Les initiatives allemandes et suédoises parallèles visant à maintenir une dynamique de modernisation.
- Les différences techniques et opérationnelles majeures entre les avions Dassault Rafale et Saab Gripen.
- Les enjeux financiers et industriels pour concrétiser un nouvel avion de sixième génération européen.
Ces éléments ouvrent la voie à une analyse approfondie sur la faisabilité et les enjeux d’un rapprochement entre ces deux grands acteurs de l’innovation aéronautique militaire en Europe.
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Table des matières
L’échec du SCAF : un tournant pour la défense aérienne européenne
Le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF), lancé en 2017, a marqué un échec significatif après neuf ans de négociations entre la France, l’Allemagne et l’Espagne. Le 8 juin 2026, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont officiellement acté l’arrêt du projet, mettant en lumière les divergences industrielles profondes. Dassault Aviation revendiquait le rôle de maître d’œuvre du NGF (New Generation Fighter), tandis qu’Airbus, représentant l’Allemagne, imposait une gestion à parts égales. Cette rivalité a conduit à une impasse qui retarde la mise au point d’un avion de combat commun, nécessaire pour assurer l’autonomie stratégique de l’Europe.
Dans ce contexte, la France continue seule ses travaux sur un avion avancé, avec un investissement de 2,5 milliards d’euros confirmés, souligne la ministre des Armées. Ce scénario illustre la complexité de la collaboration industrielle dans un secteur aussi stratégique que l’aéronautique militaire.
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La réponse rapide de l’Allemagne et ses nouvelles alliances
Le lendemain de l’annonce du retrait du SCAF, Airbus Defence and Space a proposé un nouveau consortium baptisé « Team Gen 6 », réunissant huit industriels, dont MBDA, Hensoldt et Diehl Defence. Cette coalition vise à développer un chasseur de sixième génération doté de capacités accrues comme la furtivité, l’autonomie partielle, et la connectivité avec des drones de combat.
La Suède, non impliquée dans SCAF, se positionne comme un acteur majeur grâce à son adhésion à l’OTAN en 2024 et ses liens renforcés avec Berlin. Saab pourrait ainsi devenir un partenaire clé au sein de Team Gen 6, offrant une opportunité pour renforcer la cohésion européenne autour d’un projet alternatif.
Différences fondamentales entre Rafale et Gripen : un obstacle au partenariat
Un partenariat Dassault-Saab reste hypothétique tant que les deux constructeurs affrontent des visions très différentes de l’avion de combat. Le Rafale représente un appareil « omnirôle » lourd, conçu pour remplir des missions nucléaires, aéroportées et de haute intensité, avec un coût horaire d’environ 20 000 euros. Il offre une polyvalence maximale et une charge utile de 14 points d’accrochage.
Le Saab Gripen E/F, monomoteur et plus léger, correspond à une doctrine nordique privilégiant l’économie, la simplicité de maintenance et l’opération depuis des pistes secondaires. Son coût horaire inférieur à 8 000 euros reflète cette approche pragmatique, mais ses capacités ne s’étendent pas à la dissuasion nucléaire ou aux opérations navales. Ces écarts techniques rendent difficile une mutualisation des développements et donc une réduction des coûts potentiels.
| Caractéristique | Dassault Rafale | Saab Gripen E/F |
|---|---|---|
| Type de moteur | Bi-moteur | Monomoteur |
| Masse maximale au décollage | 24 500 kg | 16 500 kg |
| Rayon d’action | 1 850 km | 1 300 km |
| Coût horaire de vol | 20 000 € | 8 000 € |
| Mission nucléaire | Oui | Non |
| Capacité d’opérations navales | Oui | Non |
Les recherches suédoises vers le post-Gripen
Saab continue d’investir dans le futur avec des études conceptuelles financées à hauteur de 230 millions d’euros par la FMV, l’agence suédoise des matériels de défense. Ces recherches incluent le développement de technologies pour des avions pilotés et non pilotés de la génération post-2040 et la présentation prévue d’un démonstrateur en 2027. Ces efforts démontrent que la Suède ambitionne de conserver une indépendance stratégique forte, malgré un possible rapprochement industriel avec Dassault ou d’autres partenaires européens.
Perspectives industrielles et économiques d’un nouvel avion de combat européen
Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, avance l’idée qu’un avion de combat de sixième génération développé en France pourrait être réalisé pour moins de 50 milliards d’euros, un budget nettement réduit par rapport aux près de 100 milliards estimés pour le SCAF à trois États. Cette proposition repose sur une maîtrise complète du savoir-faire industriel français, bénéficiant du soutien de Safran et Thales.
Un partenariat avec Saab pourrait permettre de partager les coûts et technologies, mais la divergence des cahiers des charges entre Paris et Stockholm complique la création d’un avion commun. Les spécifications spécifiques à la technologie militaire française, notamment la capacité nucléaire et les opérations navales, ne correspondent pas aux exigences simplifiées et économes des forces armées suédoises. L’addition pourrait donc s’allonger au lieu de s’alléger, compromettant ainsi la viabilité financière du projet.
Les défis d’une coordination européenne en aéronautique de défense
Le paysage européen de l’aéronautique militaire est fragmenté en 2026, avec trois programmes distincts en cours :
- Le programme souverain français porté par Dassault, axé sur une autonomie complète de conception et de production.
- Le consortium allemand « Team Gen 6 », incluant potentiellement Saab, mis en avant par Airbus et plusieurs industriels allemands.
- Les études suédoises isolées, basées sur une doctrine de défense distincte.
Cette situation reflète l’absence d’une vision commune claire et d’un engagement politique fort à long terme, nécessaires pour mener à bien un programme aussi ambitieux. Pour retrouver une dynamique européenne et renforcer la collaboration industrielle, il faudra concilier exigences techniques, contraintes budgétaires et impératifs stratégiques nationaux.
Le 23 juillet 2026, les propos du PDG d Dassault, Éric Trappier, seront observés avec attention pour mesurer la direction future que prendra la France, possiblement en cherchant un rapprochement avec Saab ou en poursuivant son indépendance stratégique.
Pour comprendre les enjeux techniques et stratégiques autour du Rafale et du Gripen, ainsi que leur place dans la défense européenne, nous vous invitons à consulter cet article détaillant le ascension du Rafale et son impact diplomatique, ainsi que les développements concrets autour de l’industrie aéronautique allemande dans le domaine de la défense.



