La confrontation stratégique entre Alstom, Siemens et les fabricants chinois domine aujourd’hui l’industrie ferroviaire mondiale. Cette lutte intense se caractérise par :
- une compétition sur les innovations technologiques et la numérisation des infrastructures,
- une rivalité sur le marché mondial, où la Chine gagne du terrain depuis plusieurs années,
- la complexité des règles européennes face aux acteurs étatiques étrangers, particulièrement chinois.
Ces enjeux cruciaux dessinent un avenir stratégique du ferroviaire européen, où industriel et réglementaire doivent se réinventer pour préserver leur souveraineté tout en restant compétitifs.
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Table des matières
- 1 Alstom, Siemens et le défi de la concurrence chinoise dans l’industrie ferroviaire européenne
- 2 La réponse réglementaire et stratégique de l’Europe face au défi chinois
- 3 Alstom et Siemens : des stratégies différenciées dans la consolidation et la croissance
- 4 Les terrains d’affrontement internationaux clé : du Vietnam à la Californie
- 5 Perspectives et enjeux pour l’avenir de l’industrie ferroviaire européenne face à la montée chinoise
Alstom, Siemens et le défi de la concurrence chinoise dans l’industrie ferroviaire européenne
Les deux géants européens, Alstom et Siemens, représentent l’essentiel du savoir-faire ferroviaire européen. Toutefois, leur confrontation avec les ambitions des fabricants chinois remet en question leur prééminence actuelle. CRRC, leader mondial en chiffre d’affaires, multiplie les contrats à un rythme soutenu, enregistrant près de 6,8 milliards d’euros de commandes entre l’été et l’automne 2025, puis plus de 6,7 milliards d’euros supplémentaires entre fin 2025 et début 2026.
Cette progression fulgurante repose sur une stratégie intégrée mêlant matériel roulant, systèmes de signalisation, maintenance et financement public, aspects sur lesquels les industriels européens peinent à rivaliser, souvent segmentés dans leurs offres.
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Les avancées techniques et commerciales des fabricants chinois sur le sol européen
Depuis novembre 2025, l’opérateur privé autrichien Westbahn exploite quatre rames fabriquées par CRRC sur la ligne Vienne-Salzbourg, preuve concrète de l’entrée des trains chinois sur les rails européens. Ces rames, nommées « Panda », sont des trains à deux niveaux homologués par l’Agence ferroviaire européenne, conformes aux standards d’interopérabilité ETCS, autorisés dans plusieurs pays, dont l’Allemagne et la Hongrie.
Un argument clé a été le différentiel de prix : jusqu’à 30 % moins cher que les propositions des fabricants européens dans l’appel d’offres de 2019. La rapidité de livraison, évoquée comme atteignant neuf ans chez certains constructeurs traditionnels, a également pesé dans la décision du client privé.
La réponse réglementaire et stratégique de l’Europe face au défi chinois
La Commission européenne a adopté en 2023 un règlement spécifique (FSR) visant à contrer les distorsions de concurrence liées aux subventions étrangères. Appliqué pour la première fois de façon décisive en avril 2026 lors de l’appel d’offres du métro léger de Lisbonne, ce cadre réglementaire a permis à la Commission de remplacer CRRC par le fabricant européen PESA, sans impact sur le coût total du projet estimé à près de 599 millions d’euros.
Ce précédent montre la capacité européenne à maintenir des règles équitables sur les marchés publics, même face à des entreprises bénéficiant d’aides étatiques massives. En revanche, il reste un angle mort : le règlement ne couvre pas les acteurs privés, qui continuent de pouvoir acheter du matériel chinois sans restriction.
Quatre points clé du règlement européen FSR face au défi des subventions étrangères
- Permet de vérifier et sanctionner les aides d’État étrangères influant sur les appels d’offres publics,
- Limite l’accès à certains contrats publics aux entreprises bénéficiant de financements étatiques distorsifs,
- Forum principal pour régenter la compétition chinoise sur le Vieux Continent,
- Absence actuelle de couverture des opérateurs privés, exposant les marchés à des achats hors du cadre.
Alstom et Siemens : des stratégies différenciées dans la consolidation et la croissance
Malgré la complémentarité parfois évoquée entre Alstom et Siemens, la fusion ayant été bloquée en 2019 par la Commission européenne, leurs performances financières témoignent d’une rivalité stratégique.
Pour l’exercice 2025/26, Alstom a affiché un carnet de commandes historique de 104,4 milliards d’euros, avec un chiffre d’affaires en hausse de 39 % à 27,6 milliards d’euros. Son résultat net a doublé, à 324 millions d’euros, malgré un recul de la marge d’exploitation ajustée à 6,1 % en raison de difficultés d’exécution sur plusieurs contrats.
Simultanément, Siemens Mobility a obtenu une marge d’exploitation de 8,8 % en 2025, sur un chiffre d’affaires de 12,4 milliards d’euros, bénéficiant de contrats aux revenus récurrents à long terme, notamment dans la signalisation numérique et la maintenance, moins exposés aux aléas industriels du matériel roulant.
Tableau comparatif des performances clés d’Alstom et Siemens Mobility en 2025/26
| Indicateur | Alstom (2025/26) | Siemens Mobility (2025) |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires (milliards €) | 27,6 | 12,4 |
| Carnet de commandes (milliards €) | 104,4 | Non communiqué |
| Marge d’exploitation (%) | 6,1 | 8,8 |
| Résultat net (millions €) | 324 | Non communiqué |
| Cash-flow libre (millions €) | 336 | Non communiqué |
Les terrains d’affrontement internationaux clé : du Vietnam à la Californie
La confrontation ne se limite pas à l’Europe. Le Vietnam, les États-Unis et l’Amérique latine deviennent des cadres stratégiques où Alstom, Siemens et les fabricants chinois déploient leurs offres les plus innovantes et intégrées.
En décembre 2025, Siemens Mobility a conclu au Vietnam un accord stratégique global avec VinSpeed, couvrant les rames à grande vitesse Velaro Novo, la signalisation, et le transfert technologique, pour un investissement estimé à 61,35 milliards de dollars sur le long terme.
Aux États-Unis, Siemens fournit dix rames Velaro pour le futur corridor Los Angeles-Las Vegas, tandis qu’en Californie, les deux acteurs européens restent en lice pour un contrat majeur de trains à 350 km/h. Face à ces opportunités, la législation américaine interdit l’acquisition de matériel ferroviaire auprès des entreprises étatiques chinoises bénéficiant de fonds fédéraux.
Les défis réglementaires impactant le marché américain et asiatique
- Le Transit Infrastructure Vehicle Security Act limite les fournisseurs chinois pour les projets financés par le gouvernement fédéral américain.
- Le Rolling Stock Protection Act vise à renforcer ces restrictions pour éliminer certaines exemptions.
- Au Vietnam et en Asie, la compétition s’intensifie entre la Chine et les fournisseurs européens, avec souvent la proposition chinoise complète intégrant financement et maintenance.
Perspectives et enjeux pour l’avenir de l’industrie ferroviaire européenne face à la montée chinoise
Le marché mondial du matériel ferroviaire, évalué à 68,8 milliards de dollars en 2024, devrait progresser jusqu’à 100,67 milliards de dollars en 2035, porté par la croissance urbaine, les politiques climatiques et la demande en infrastructures durables.
Face à un géant intégré comme CRRC, l’Europe doit repenser ses stratégies industrielles et réglementaires pour ne pas perdre de terrain. Le refus d’une fusion Alstom-Siemens a conduit à des régulations ciblant les aides étrangères, mais l’absence de protection étendue aux acteurs privés fragilise la souveraineté et la compétitivité européenne.
Les fabricants européens mettent en avant leur innovation technologique, leur expertise en maintenance à long terme et leur engagement dans la réduction de l’empreinte carbone, facteurs essentiels pour les marchés exigeants.



