Alors que la France reste dans l’attente pour engager pleinement son avenir dans le nucléaire, Westinghouse confirme sa position dominante sur un marché mondial en pleine transformation. Nous observons une situation où :
- EDF avance un coût de 72,8 milliards d’euros pour ses six EPR2, mais la décision reste suspendue à de nombreux arbitrages ;
- Westinghouse déploie activement son réacteur AP1000, déjà en service sur plusieurs continents, et prépare ses projets en Pologne et en Ukraine ;
- des alternatives comme les petits réacteurs modulaires français rencontrent des difficultés techniques et industrielles, retardant leur concrétisation.
La situation en 2026 révèle ainsi un duel stratégique entre la patience française et l’agilité américaine, au cœur de l’industrie nucléaire européenne et mondiale. Cette analyse détaille les enjeux financiers, techniques et industriels qui façonnent le secteur.
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Le défi financier et technique des projets nucléaires français
L’offre française suit un parcours complexe, marqué par un devis qui a progressivement augmenté pour atteindre 72,8 milliards d’euros pour la construction de six EPR2, soit environ 12,1 milliards d’euros par réacteur en euros constants de 2020. Ce chiffre reflète une hausse notable de presque 40 % en trois ans, passant de 51,7 milliards en 2022 à 67,4 milliards lors d’une estimation intermédiaire de la Cour des comptes.
Cette escalade des coûts résulte de multiples facteurs, notamment des défis techniques inédits observés sur les précédents chantiers tels que Flamanville, où le coût total a grimpé de 3,3 à 23,7 milliards d’euros. L’expérience montre que malgré une conception simplifiée des EPR2 visant une fabrication en série, aucun réacteur de ce type n’a encore démarré ses travaux.
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EDF et l’État prévoient une décision d’investissement finale d’ici la fin de l’année, après réception de l’audit en cours et le feu vert de la Commission européenne en matière d’aides d’État. Cette décision est cruciale, car le financement repose sur un prêt public à taux réduit et un contrat de cinquante ans garantissant un prix de vente de l’électricité, même si le coût réel pour la collectivité reste en débat.
Un calendrier ambitieux mais incertain
Alors que la Cour des comptes estime peu probable une mise en service avant 2038, le calendrier officiel ambitionne un premier béton posé dans les prochaines années. Ces délais demeurent cependant soumis aux risques techniques et financiers présentés par les projets antérieurs. Avec six réacteurs construits par paires sur les sites de Penly, Gravelines et Bugey, le défi industriel est immense, devant relever les problématiques héritées des longues phases de conception et de construction passées.
Westinghouse : une présence affirmée sur le marché mondial du nucléaire
Westinghouse se distingue par la commercialisation active de son réacteur AP1000, un modèle de 1 100 mégawatts à eau pressurisée déjà en fonctionnement avec six unités actives — deux aux États-Unis et quatre en Chine — et quatorze autres en construction. Cette expérience opérationnelle témoigne d’une maturité technique que la France n’a pas encore réussi à concrétiser pour son EPR2.
En Pologne, Westinghouse a remporté la fourniture des réacteurs pour la première centrale nucléaire nationale, suite à un accord signé en 2025-2026 avec le consortium associant l’entreprise américaine à Bechtel. Ce projet bénéficie du soutien de la banque publique américaine EXIM Bank, ce qui renforce la compétitivité commerciale et sécurise le financement.
Dans une zone encore marquée par le conflit, l’Ukraine prépare également ses dossiers pour l’accueil de réacteurs AP1000 autour du site de Khmelnytskyi, en collaboration étroite avec Energoatom et Westinghouse. Ceci illustre la volonté d’un acteur majeur de l’industrie nucléaire de s’imposer sur un marché européen en pleine évolution.
Un bilan industriel contrasté mais une solidité opérationnelle avérée
Le chantier géant de Vogtle en Géorgie, aux États-Unis, a cependant connu des difficultés avec sept ans de retard et un dépôt de bilan de Westinghouse en 2017. Ce contexte met en lumière les risques réels liés à la construction d’unités nucléaires, même pour le leader américain.
Malgré ce passé, une étude du Massachusetts Institute of Technology estime que les prochaines unités AP1000 pourraient coûter environ 4 300 dollars par kilowatt installé, avec un potentiel de réduction à 2 900 dollars pour la dixième unité, grâce aux effets d’apprentissage industriels et à la standardisation des processus. Ces chiffres montrent que Westinghouse vise une compétitivité économique à travers la répétition et la montée en cadence.
Les alternatives françaises face à la montée en puissance de Westinghouse
EDF a mis en pause le projet Nuward, un petit réacteur modulaire, jugé trop complexe techniquement et économiquement. Ce programme connaît aujourd’hui une phase de reconception prudente, avec une mise en service envisagée seulement dans les années 2030, sans date ferme. Le retrait de partenaires industriels comme TechnicAtome illustre les difficultés rencontrées.
Dans le cadre de l’initiative France 2030, quelque un milliard d’euros a été alloué aux réacteurs innovants, dont 300 millions destinés à Nuward, tandis que d’autres acteurs comme Naarea ont été liquidés, indiquant le rude contexte concurrentiel et technologique. Cette réalité renforce l’idée que la France hésite à s’engager pleinement, alors que Westinghouse conquiert le terrain.
Un secteur nucléaire français à la croisée des chemins
Cette situation contrastée souligne une triple ambition industrielle :
- Maintenir la capacité de production électrique avec des grands réacteurs EPR2, malgré les risques techniques et financiers majeurs ;
- Diversifier avec les petits réacteurs modulaires, pour répondre aux besoins spécifiques et accélérer les déploiements ;
- Soutenir l’innovation dans les technologies nucléaires de demain, dans un contexte d’urgence énergétique et climatique.
Ce contexte invite à suivre de près les arbitrages français, notamment en matière de financement public et coopération européenne, alors que le monde de l’électricité évolue rapidement face aux énergies renouvelables et aux enjeux géostratégiques.
| Constructeur | Type de réacteur | Nombre d’unités en service | Nombre d’unités en construction | Coût estimé par kW installé | Date de mise en service prévue |
|---|---|---|---|---|---|
| EDF | EPR2 (grand réacteur) | 0 | 6 | ≈ 6 000 €/kW (estimation par tranche) | 2038 (estimation) |
| Westinghouse | AP1000 (grand réacteur) | 6 | 14 | 2 900 – 4 300 $/kW (projection) | En cours (déjà en service pour plusieurs unités) |
| EDF / Nuward | Petit réacteur modulaire | 0 | 0 (ni prototype ni commande ferme) | Non encore estimé | Années 2030 (prévision) |
Pour mieux comprendre les enjeux industriels français, il est utile d’examiner l’impact du nucléaire civil également dans le secteur naval, où la France dispose d’une expertise reconnue en matière de sous-marins et de porte-avions à propulsion nucléaire. Ces technologies patriotiques illustrent le savoir-faire du pays dans la maîtrise de l’énergie nucléaire appliquée à la défense nationale. Plus d’informations à ce sujet sont disponibles sur le secteur des sous-marins nucléaires en France ou sur les récents développements concernant les porte-avions nucléaires.



